KEM – ONE, un cas d’école du pillage du capitalisme financier ! En lutte avec les salarié-e-s pour un projet préservant la filière industrielle et l’emploi !

Publié le par Luc LEANDRI

 

Les 10 et 19 juin derniers, j’étais, avec les élus régionaux Front de Gauche Rhône-Alpes et PACA, les salarié-e-s et syndicalistes de KEM ONE en conférence de presse, devant l’usine de Fos sur Mer (13), puis de St. Fons (69) pour exiger du gouvernement et des deux Présidents de Région un investissement financier public pour garantir le projet de reprise de la filière industrielle vinylique et donc préserver l’emploi.

 

1ère page La Marseillaise - Conf Presse FosKEM ONE est un terrible exemple de la logique destructrice du capitalisme financier contemporain… Fin 2011, le groupe ARKEMA, 1er groupe Français chimique décide de se débarrasser de sa filière la moins rentable, à savoir celle de production du PVC (ou filière vinylique) et c’est dépeceur de la pire espèce, Gary KLESH, qui rachète la filière, soit 5 usines en France et près de 1800 salarié-e-s, pour 1 euro symbolique ! Mais pourtant, la filière vinylique est toujours rentable, elle n’est pas en faillite, car bien au contraire elle dispose d’une trésorerie de 99,5 millions d’euros et d’un fond de roulement de 180 millions d’euros !... 1€ symbolique pour plusieurs usines opérationnelles, 2600 salarié-e-s qualifié-e-s et productifs, une trésorerie de 100 millions et un fond de roulement du double… Excellente affaire, n’est-ce pas ?

 

Les ministres de l’époque Besson et Baroin se félicitent à l’époque de cette opération gratifiant le repreneur de cette miraculeuse transaction, M. Gary KLESH de la qualité d’industriel qui aurait, je cite : « un titre de noblesse dans un certain nombre de secteurs comme l’aluminium, l’énergie, ou la chimie. »

 

En réalité, Gary KLESH est un affairiste notoire, qui a déjà à son actif la casse de nombreuses usines comme le groupe aluminium Zalco au Pays-Bas, acheté en 2007 et liquidé en 2011 ou les chaussures Myris en France achetées en 1998 et liquidées en 2001. Je vous renvoie à une note de Jean-Luc Mélenchon qui décrit plus en détails les méfaits de ce fossoyeur industriel…

 

Ainsi, en 2012, lors du Comité d’Entreprise du Groupe ARKEMA, le 02 février, les représentants de la CGT déclaraient : « Ce pseudo-repreneur, plutôt fossoyeur ne présente aucune victoire industrielle à son actif. Ni plus, ni moins que des restructurations, des baisses de salaire et des femetures d’usines ».

 

Malgré ces mises en garde, la vente fut conclue : Gary KLESH se retrouvait avec une trésorerie de 100 millions d’euros, et mieux encore, les actionnaires d’ARKEMA empochèrent un bonus correspondant à 15% de plus-value sur le titre qui bondit en bourse le jour de la confirmation de la cession de la filière vinylique…

 

Et par la suite, que se passa-t’il ? Malheureusement, ce que la CGT avait annoncé…

 

En novembre 2011, G. KLESH déclarait à l’agence Reuters en novembre 2011 qu’il comptait « investir 70 à 80 millions d’euros d’ici 2 à 3 ans et en pas prévoir de changement sur le plan de l’emploi ».

 

Belles promesses qui n’engagent que ceux qui les croient puisqu’au début 2013, la trésorerie a été versée à KEM ONE Trésorerie, quelques 100 millions d’euros évaporés dans les paradis fiscaux, et le groupe KEM ONE a accumulé une dette colossale. En 9 mois, une activité rentable qui dégage plus de 5% de profits (insuffisants pour les actionnaires) a été conduite au dépôt de bilan ! Un pillage, un saccage de l’outil industriel et de l’emploi !

 

Aujourd’hui 5 usines sont menacées dans nos 2 régions : Fos, Berre – Lavera, Saint-Auban, Balan et Saint-Fons… 2.600 emplois directs sont directement (dont 1780 en France) sans compter les milliers d’emplois induits qui risquent aussi de disparaître…

 

Au total, la fermeture de KEM ONE France entraînerait directement la perte de 7.000 emplois selon les experts sollicités et la casse irrémédiable sur le tissu économique des territoires concernés. Compte tenu de son intrication au sein de l’industrie chimique et dans une terrible logique du jeu de dominos, ce sont en fait plus de 20.000 emplois qui sont menacés dans la pétrochimie à moyen terme…

 

Il y a donc urgence à ce que l’Etat et les collectivités interviennent, posent des actes et débloquent les financements nécessaires, en vue de la reprise de l’activité industrielle, de manière pérenne ! Ce fut le sens de notre interpellation, élu-e-s régionaux du Front de Gauche, sur les sites de production.

 

Le 14 juin 2013, le tribunal de commerce a reçu 7 déclarations d’intention de reprise, et le 09 juillet, il s’est donné deux mois supplémentaires pour statuer sur ces offres de reprise :

 

C’est dans ce délai et dans ce cadre, que la puissance publique doit pleinement se saisir du dossier, et apporter son soutien politique et financier au projet de reprise le plus crédible. Hormis le projet porté par la CGT, l’identité des autres porteurs de projet n’a, à ce jour, pas été rendu publique : il y aurait 3 offres émanant de fonds d’investissements, 1 d’un groupe industriel, et 2 de personnes physiques.

 

Notre démarche et notre volonté est de construire un projet de reprise industrielle à moyen et long terme et ce pour plusieurs raisons : la filière vinylique / PVC nécessite des investissements permanents ; elle tourne à plein : il ne s’agit donc pas de moderniser un équipement obsolète mais d’envisager l’obligation d’investir régulièrement compte tenu du process industriel mis en œuvre (400 millions d’euros pour les prochaines années). Enfin, cette activité est étroitement imbriquée dans le tissu de l’industrie chimique et relève d’un enjeu économique et industriel stratégique pour le pays, puisqu’il s’agit de la seule filière vinylique existant en France. A l’heure de la transition énergétique, le PVC est un des matériaux indispensables à l’isolement énergétique de nos logements…

 

P1080347Aussi, les projets de reprise partielle de l’activité ou de l’outil industriel ne sont pas viables, tout comme les projets portés par les fonds d’investissements, essentiellement spéculatifs, qui ne garantissent pas l’investissement à moyen et long terme indispensables pour la pérennisation de l’activité.

 

Le projet déposé à la CGT répond à ses exigences : il propose un consortium associant un repreneur industriel, les grands industriels qui ont intérêt à la poursuite de l’activité à savoir Arkéma et Total et la prise de participation de l’Etat à hauteur de 35% (minorité de blocage). C’est pourquoi les élu-e-s du Front de Gauche soutiennent ce projet et proposent même que les Régions s’y associent financièrement notamment au travers de la Banque Publique d’Investissement.

 

Nos deux institutions régionales en PACA et en Rhône-Alpes ont été saisies du dossier KEM One, comme l’a été le gouvernement via le ministre du redressement productif ; c’est une première étape dont nous nous félicitons.

 

Il est grand temps en matière d’industrie et de sauvegarde de l’emploi de prendre des mesures autres que les déclarations de bonnes intentions. L’Etat doit prendre ses responsabilités pour favoriser la poursuite de cette filière stratégique pour le maintien de l’activité industrielle de notre pays et prenne tous les moyens nécessaires pour en assurer l’existence à moyen et long terme.

 

Dans ce sens, les élu-e-s régionaux du Front de Gauche proposent :

 

que nos 2 régions avec l’Etat prennent l’initiative d’une table-ronde avec les industriels concernés dont ARKEMA et TOTAL, en premier lieu, mais également d’autres entreprises cotraitantes ou sous-traitantes en vue de constituer un consortium capable de soutenir et pérenniser l’activité du pôle vinylique.

 

Que l’Etat et la BPI, via nos 2 régions, apportent les financements nécessaires et actent d’entrer au capital du nouveau consortium (au minimum de la minorité de blocage soit 35%).

 

Les BPI sont en cours d’installation en PACA et Rhône-Alpes et nous pourrions utiliser le Fond Stratégique d’Investissement (FSI) dont les objectifs correspondent exactement au cas de KEM One : entrer au capital d’entreprises dont les projets de croissance sont porteurs de compétitivité pour le pays, accompagner les entreprises dans le moyen-long terme et favoriser le co-investissement.

 

Que les salarié-e-s de l’entreprise soient pleinement associé-e-s au plan de reprise

 

Que l’Etat se donne les moyens de récupérer les sommes détournées par G. KLESH.

 

Après Petroplus, Arcellor – Mittal et malheureusement bien d’autres, nous n’avons pas le droit de laisser disparaître une nouvelle filière industrielle dans notre pays ; nous disposons de l’ensemble des outils utiles et nécessaires à sa pérennisation, par une intervention conjointe de l’Etat et des Régions, sur la base d’un véritable projet industriel de moyen et long terme porté par les salarié-e-s. C’est le sens des interpellations de nos groupes politiques, mais nous devons collectivement maintenir la pression sur le gouvernement et les exécutifs de nos Régions pour qu’en septembre, la table-ronde des industriels aient lieu, et que les financements nécessaires soient sur la table !  

Publié dans Chroniques

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